Fruit du partenariat entre la Rdc et les USA: La cybercriminalité au centre d’un atelier


Fruit du partenariat entre la Rdc et les USA: La cybercriminalité au centre d’un atelier

Fruit du partenariat entre la Rdc et les USA: La cybercriminalité au centre d’un atelier

La cybercriminalité au centre d’un atelier

Il n’y a jamais eu autant de sophistication technique et différents types de menaces dans le cyberespace, avec les outils de hacking, les techniques d’ingénierie sociale et d’autres méthodes utilisées par un nombre croissant d’acteurs étatiques, d’entreprises criminelles et d’hacktivistes.

Avec ces systèmes partout au monde liés à la sécurité nationale, la connexion actuelle de l’économie mondiale et des programmes sociaux à Internet, et l’arrivée en ligne prévue de 100 milliards de nouveaux appareils au cours des dix prochaines années, les pays sont de plus en plus inquiets des cyber-menaces qui peuvent amener des pannes d’infrastructures essentielles, des pertes économiques et une déstabilisation financières, ainsi que des impacts négatifs sur la santé et la sécurité de leurs populations.

Pendant trois jours, soit du 24 au 26 août courant, les délégués et participants de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) vont réfléchir dans un atelier autour des différents thèmes se rapportant sur la cybercriminalité et la cyber-sécurité. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo en partenariat avec l’Ambassade des Etats Unis organisent cet atelier dans le but de promouvoir une adoption large des bonnes pratiques de cyber-sécurité, y compris les stratégies nationales, les équipes de réponse aux urgences informatiques, les partenaires  entre le public et le privé, et les campagnes de prise de conscience du public ; aider aux exercices d’augmentation de capacité de cuber-sécurité.

James Swan demande aux participants de trouver des stratégies de sécuriser les informations

Après avoir remercié les participants et les délégués venus pour de questions liées à la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité, l’Ambassadeur américain C. James Swan s’est dit fier de coparrainé cet atelier avec le Gouvernement congolais. « Nous avons hâte de travailler avec vous tous afin d’avancer nos objectifs contre la cybercriminalité, d’approfondir notre coopération dans la Région », avait-il dit à l’ouverture de l’atelier, tout en remerciant le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, pays hôte en ce y compris les conférenciers et formateurs, aussi bien les délégués qui ont répondu à cette invitation en dépit des nombreuses occupations dans l’optique de travailler avec l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique dans la lutte contre la cybercriminalité.

21ième siècle, un siècle de télécommunication et de la technologie

C’est le vice-ministre aux Postes Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et communication qui a procédé à l’ouverture de cet atelier de lutte contre la cybercriminalité. Dans son discours, Enock Ruberangabo a indiqué que le 21ième siècle a été déclaré par l’Union internationale de télécommunications siècle de l’information. A l’en croire, les technologies de l’information et de la communication constituent le vecteur essentiel au service du développement inclusif et global. Près de deux décennies, la volonté et la détermination des Nations à édifier la société de l’information à dimension humaine inclusive privilégiant le développement et donnant la possibilité de créer, d’obtenir et d’utiliser et partager l’information  et le savoir, est aujourd’hui la tradition dans le fait de la déclaration de principe du sommet mondial de la société de l’information.

Ceci dit, le progrès sans cesse croissant des technologies de l’information et de la communication, notamment de logiciels et des applications permettent à nos jours une évolution fulgurante de mode de vie de nos populations à travers le monde ; mais aussi donne lieu à des pratiques obscures, néfastes à la vie, à la  société et sommes toutes à la sécurité de l’humanité.

Cet atelier vient à point nommé pour réfléchir de fond en comble et échanger les informations et les bonnes pratiques dans l’optique de permettre aux décideurs de lever des options politiques et techniques  visant à mettre hors d’état de nuire cette forme de criminalité,  afin d’assurer la sécurité des données de l’homme, de la société en tout lieu, y compris dans le cyberespace pour rendre un monde plus sûr.

En ce qui concerne la Rdc, le vice-ministre a précisé que les objectifs dudit atelier renforcent exactement le combat de tous les jours contre toute forme d’insécurité. Cette dernière est le Cheval de bataille du président de la République, Joseph Kabila, aussi bien son Gouvernement que dirige le Premier Ministre Augustin Matata Ponyo.

« Que les résultats de cet atelier de Kinshasa seront au maximum capitalisés par le Gouvernement de la République. J’espère également que les échos de cette conférence permettront de sensibiliser nos populations au danger que présente le cybercriminel dans le but surtout de protéger les jeunes et de leur garantir une navigation plus sûre de l’Internet », a dit Enock Ruberangabo qui souhaite par la suite que les travaux de Kinshasa dégage une résolution sur les ateliers nationaux pour que les peuple respectifs s’approprient cette lutte.

Il faut d’emblée dire que c’est le 5ième atelier que le Gouvernement des Etats-Unis organise avec les partenaires à travers le continent, question de partager avec les autres pays les défis liés à la cybercriminalité. C. James Swan attend également que cet atelier dégage les idées communes susceptibles de lutter contre la cybercriminalité, puis élaborer les idées plus concrètes pour une future collaboration.

source provincenordkivu.org

La nuit noire du 17 octobre 1961


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original-111647-203La nuit noire du 17 octobre 1961
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17 octobre 1961 (photo Elie Kagan/BDIC)
Le 17 octobre 1961, alors que la guerre d’Algérie touche presque à sa fin, la population algérienne de la région parisienne manifeste à l’appel du F.L.N. contre un couvre-feu discriminatoire qui vient d’être instauré et pour l’indépendance de l’Algérie.
Dirigée par le Préfet Maurice Papon, la police réprime férocement ses tentatives de rassemblements. Le bilan de ses exactions, les plus graves en tout état de cause depuis l’occupation allemande, varie selon les recherches de dizaines à centaines de morts et demeure l’objet de controverses.
Le massacre, l’histoire et les blessures
14.10.2011par Pascal PriestleyIl est un peu plus de 21 h ce mardi d’octobre, et il pleut sur les Grands boulevards. Journaliste à l’Express, Jacques Derogy couvre pour son hebdomadaire la manifestation des Algériens contre le couvre-feu qu’on veut leur imposer. Ils ne sont guère plus de deux mille à avoir pu atteindre cet axe. La plupart ont été arrêtés à la sortie du métro.
Ceux qui sont parvenus à se rassembler crient « Algérie algérienne ! », « levez le couvre-feu ! » ou encore « libérez Ben Bella !». Aucune menace dans ce maigre cortège. Récit de Derogy : « A 21 h. 40, des cars de police et de C.R.S. viennent doubler le cortège sur sa gauche en faisant hurler leurs sirènes qui couvrent un moment les cris des manifestants. Ils stoppent au carrefour des boulevards Montmartre et Bonne-Nouvelle, et les policiers casqués, pistolet et mitraillette au poing ou crosse en avant, chargent une première fois devant le cinéma le Rex (…) quand claquent les premières détonations.
J’ignore s’il s’agit de grenades ou de coups de feu, mais en traversant la chaussée, je vois tirer d’un car de la préfecture en direction de la terrasse du café-tabac du Gymnase.(…) C’est le chauffeur du car qui, pris de panique, a ouvert le feu. Deux corps en l’air me dit quelqu’un. Mais d’autres policiers tirent maintenant à leur tour, je compte plus d’une vingtaine de détonations. (…)
Des gens courent en tous sens en hurlant. Dans le désordre qui règne sur le trottoir, j’aperçois sept corps allongés à la terrasse du café, parmi des chaussures, des bérets, des chapeaux et des vêtements, au milieu de flaques d’eau et de sang. Deux Algériens sont couchés sur le côté, inertes, an pied d’un arbre. Ils ont l’air de saigner d’un peu partout. A trois mètres, autour d’une table du bistrot, cinq autres corps sont entassés les uns sur les autres. Deux d’entre eux râlent doucement. – Ils l’avaient bien cherché, dit quelqu’un. ».
Le Contexte

Les événements du 17 octobre 1961 surviennent sept ans après le début de la guerre d’Algérie, cinq mois seulement avant son terme officiel scellé par les accords d’Evian du 18 mars 1962. Sur le terrain, les combats se poursuivent mais son issue – l’indépendance – ne fait plus beaucoup de doute. L’autodétermination de l’Algérie a été approuvée par les Français lors du référendum du 6 janvier 1961. Le coup d’État d’un « quarteron de généraux » jusqu’au-boutistes a échoué six mois plus tôt et De Gaulle a chargé le ministre d’État Louis Joxe d’engager des pourparlers en ce sens avec le FLN. Des deux côtés, pourtant, l’homme de la rue comme le combattant ignore ces tractations et le conflit semble s’éterniser. Il se déroule aussi à Paris, enjeu pour tous.

350 000 Algériens vivent en ce qui est encore la « métropole », fortement structurés par les organisations nationalistes. Après des années de lutte fratricide sanglante (près de 4000 morts sur le sol français), l’insurrectionnel Front de Libération Nationale (F.L.N.) y a imposé son hégémonie au détriment du Mouvement National Algérien (M.N.A., fondé par le leader historique Messali Hadj). Doté dans la capitale d’un solide appareil militaire, il est l’ennemi d’une police peu sensible aux péripéties diplomatiques.
Maurice Papon en 1958
A sa tête, à Paris, depuis 1958 : Maurice Papon, Préfet de Police, dont le zèle au service de la déportation de Juifs sous l’occupation allemande est alors peu connu. Grâce au Premier ministre Michel Debré, celui-ci peut s’appuyer depuis quelques mois sur un nouveau et redoutable corps de supplétifs, les Forces de Police Auxiliaires (F.P.A.). Composées de « volontaires musulmans » natifs d’Algérie celles-ci se signalent par leurs exactions, leur pratique usuelle d’arrestations, détentions arbitraires et l’usage de la torture.
Ses méthodes en viennent à inquiéter le Garde des Sceaux Edmond Michelet qui s’en émeut mais Michel Debré tranche en faveur de son préfet. C’est Michelet qui est démis.

Contre cette quasi-milice qui parvient à lui infliger des revers problématiques, le F.L.N. mène une guerre de commandos et d’attentats qui touche également les forces de l’ordre « classiques » (27 morts et 76 blessés entre le 1er janvier et le 17 octobre 1961 selon l’historien Jean-Paul Brunet) avec une augmentation en septembre. L’exaspération et une psychose teintée de racisme se développent alors dans les rangs policiers, nullement contrée par la hiérarchie : « pour un coup donné, nous en porterons dix», dit publiquement Papon le 3 octobre aux obsèques d’un brigadier. Les sévices de différentes natures se généralisent, de la destruction d’effet ou de papiers au passage à tabac, sans exclure le meurtre.

C’est dans ce contexte d’extrême tension que la préfecture de Police décrète, le 5 octobre, un couvre feu de fait « conseillant » aux « travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris ». Malgré son habillage (le terme « conseil » s’explique par le fait que les natifs d’Algérie étant français, ils ne peuvent légalement faire l’objet d’un traitement spécifique), le caractère à la fois menaçant et discriminatoire de la mesure ne fait aucun doute et c’est ainsi qu’elle est dénoncée notamment par le Parti communiste, le MRP (centre droit), différentes associations ou personnalités. Le FLN, lui, décide de riposter par le boycott du couvre-feu et par une manifestation. Elle aura lieu le 17 octobre.
La Manifestation

Pour déjouer la police, l’appel n’est diffusé dans la population algérienne que le jour même. Selon les consignes de l’organisation, tous les Algériens de la région parisienne doivent y participer mais la manifestation doit rester pacifique : « interdiction, précise l’appel, de prendre une arme avec soi quelle qu’elle soit (couteau…) ; ne répondre à aucune provocation ».

Dans l’après midi du 17 octobre, de 25 à 30 000 Algériens venus pour beaucoup des bidonvilles de banlieue, souvent endimanchés, convergent vers plusieurs points de rassemblements prévus par le FLN : Pont de Neuilly – Etoile ; Grands Boulevards ; Saint Michel. Averti quelques heures plus tôt, un dispositif policier inégalement préparé mais déterminé – avec ses supplétifs – les y attend. La manifestation est interdite.

Le contact est immédiatement très brutal. Un peu partout, les forces de l’ordre embarquent, lorsqu’elles le peuvent, les protestataires avant qu’ils ne se soient rassemblés. Là où des cortèges parviennent à se former, ils sont réprimés avec une extrême violence par une police déchaînée qui fait usage de matraques mais aussi, en de multiples reprises, d’armes à feu. Sur les grands boulevards, les protestataires qui avaient pu se réunir place de la République se heurtent à deux compagnies de CRS devant le cinéma Rex. Des coups de feu sont tirés d’un car de police, comme en témoigne le récit de Jacques Derogy. Les affrontements laissent derrière eux une chaussée jonchée de débris, de chaussures abandonnées, de flaques de sang et de blessés.
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Dans le quartier latin ou un autre rassemblement avait pu se former, les policiers encerclent les manifestants avant de les charger et frapper. Un certain nombre d’entre eux se jette dans la Seine depuis le Pont Saint-Michel pour échapper à leurs coups. Beaucoup ne savent pas nager. Selon des témoignages, d’autres sont jetés froidement à l’eau par des policiers.

De 17 heures à minuit, près de 7000 Algériens sont conduits au Palais des Sports dans des conditions inhumaines de transports où certains périssent très vraisemblablement. Dans les heures suivantes, 2600 autres sont emmenés au Stade Pierre de Coubertin après passages dans des commissariats de quartier. 1200 sont « accueillis » dans la cour de la Préfecture où ils sont, selon les dires d’un syndicaliste policier, soumis à des traitements « indéfendables ». Des témoins (personnel social ou soignant, appelés du contingent) parleront de « vision d’horreur » dans les différents sites de détention. Des corps sont vus dériver dans la Seine. Si le bilan total de la nuit demeure controversé (voir plus bas), des dizaines de victimes, au moins, seront dénombrées.

Maurice Papon publie dans la nuit un communiqué indiquant qu’une manifestation imposée par le FLN à la population algérienne a été « dispersée ». Il fait état de deux morts et plusieurs blessés, la police ayant dû riposter à des coups de feu. « Une dizaine de gardiens », précise t-il, ont été « conduits à la maison de santé ». Il n’y a donc pas eu de victimes de ce côté.
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Les réactions

On a affirmé ultérieurement à tort que les exactions du 17 octobre ont été enveloppées de silence. Si les premiers récits des grands médias reflètent, dans l’ensemble, la version de la Préfecture (radios et télévisions, notamment, dans les mains du pouvoir et soumises à la censure), de nombreuses voix dissonantes se font entendre les jours suivants.

Dès le 18 octobre, le bureau politique du Parti communiste (alors premier parti de gauche) dénonce les « sanglants événements » de la veille. L’Humanité, Libération (de gauche, sans rapport avec le quotidien actuel homonyme), Témoignage Chrétien, les Temps modernes, l’Express, France Observateur (ancêtre du Nouvel Observateur) décrivent la violence de la répression et en évoquent un bilan bien plus lourd. Le Monde, le Figaro, après avoir adhéré à la thèse officielle imputant les incidents au terrorisme du F.L.N. s’en détachent par la suite. France Soir relate l’arrestation d’ « une trentaine d’Algériens » : « Roués de coups, ils sont jetés dans la Seine, du haut d’un pont, par les policiers. Une quinzaine d’entre eux sont coulés ».

Un meeting de protestation regroupant diverses sensibilités est organisé à la Mutualité. Au Conseil de Paris qui se tient à la fin du mois, l’ancien résistant et journaliste Claude Bourdet, Compagnon de la Libération demande au Préfet s’il est vrai que cent cinquante cadavres ont été repêchés dans la Seine. Maurice Papon lui répond « la police a fait ce qu’elle avait à faire ». Eugène Claudius-Petit à l’Assemblée Nationale, Gaston Deferre au Sénat interpellent le ministre de l’Intérieur Roger Frey qui réplique en dénonçant les « rumeurs odieuses » et les « campagnes de dénigrement ». Ni De Gaulle, ni son Premier ministre Michel Debré n’évoqueront en revanche jamais ce sujet.
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La controverse du bilan

Malgré la tentative de certains parlementaires, aucune commission d’enquête n’a finalement vu le jour au lendemain des faits, le gouvernement se retranchant derrière des arguments de procédure. Peu crédible, le bilan initial de la préfecture de deux morts est réévalué lors d’une question au Sénat à six morts et cent trente-six blessés. Le FLN, lui, parlera plus tard de centaines de morts mais n’en a jamais publié la liste.

Depuis une vingtaine d’années, différents ouvrages de commémoration ou travaux de recherche sont venus revisiter le drame, tout en l’éclairant sous des jours divergents. Auteur de « La bataille de Paris » (Le Seuil 1991), l’écrivain Jean-Luc Einaudi évoque un bilan de 246 morts mais ce chiffre semble inclure en majorité des décès antérieurs au 17 octobre. Il sera contesté par les travaux de l’historien Jean-Paul Brunet (« Police contre FLN. Le drame d’octobre 1961 », Flammarion, 1999) qui, ayant eu accès aux archives officielles, évalue pour sa part à 30 à 50 morts les décès directement imputables à la répression policière du 17 octobre. Cette estimation rejoint à peu près celle du haut magistrat Jean Geronimi, chargé en 1999 par la Garde des Sceaux Elisabeth Guigou d’un rapport officiel (Geronimi précise qu’il s’agit d’une évaluation minimale)

Cette controverse dans laquelle la révision (à la baisse, cette fois) du nombre de victimes n’atténue pas fondamentalement le crime d’État de toute façon avéré peut paraître moralement déplacée. Elle est aussi le reflet d’implications, de rapports aux faits et d’analyses différents des uns et des autres.
Sans nier la gravité des crimes de la nuit sanglante, Brunet voit dans le gonflement des chiffres l’expression d’ « un mythe forgé pour les besoins d’une cause militante ». Certaines dérives vont dans son sens. Publié cette année à Alger, un ouvrage commémoratif destiné au grand public algérien établit ainsi le bilan du 17 octobre à «des dizaines de milliers de morts » (Benoucef Abbas Kebir, « 17 octobre 61 », éditions Dalimen)… La bataille mémorielle succède au silence.
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Le 17 octobre 2009 à Paris (AFP)
Mémoires blessées

Si les événements du 17 octobre ont, sur le moment, provoqué une émotion considérable bien au-delà de la gauche militante, d’autres faits, dans cet hiver 61-62, viendront vite recouvrir le massacre d’Algériens anonymes. Le 8 février, huit français manifestant pour la « paix en Algérie » trouvent la mort au métro Charonne, écrasés sous des grilles jetées par la police. Cette tuerie, si l’on ose dire, « moindre » frappera d’avantage la gauche française, directement atteinte et occultera d’autant plus le souvenir de cette nuit qu’elle est suivie de peu par les accords d’Évian (mars 1962, confirmés en mai par référendum) et la fin de la guerre. Une amnistie générale est décrétée qui sera aussi dans les faits et durant bien des années une amnésie générale, de laquelle émergent pour l’essentiel quelques épisodes majeurs impliquant surtout des protagonistes français.

En 1980, le quotidien Libération (celui fondé en 1973) consacre au récit de la nuit d’octobre sa pleine « une » et un dossier fourni (sous la plume de Jean-Louis Péninou) contribuant considérablement à faire découvrir le drame à une nouvelle génération qui en ignorait généralement l’existence. Il est suivi par de nombreuses autres publications dont celle, en 1991 du livre de Jean-Luc Einaudi (« La bataille de Paris », op. cit.). Ce dernier témoignera en 1997 dans le procès de Maurice Papon. Si celui-ci se tient pour des faits sans rapports (sa complicité dans la déportation de juifs sous l’occupation), il permet d’évoquer de façon connexe mais largement médiatisée l’action du Préfet de Police de 1961.

Le gouvernement socialiste de Lionel Jospin fait alors réaliser deux rapports officiels, le premier par le conseiller d’État Dieudonné Mandelkern, le second par le haut magistrat Jean Géronimi. L’un et l’autre arrivant cependant (comme plus tôt l’historien indépendant Brunet, op. cit.) à des conclusions accablantes mais quantitativement très inférieures aux « centaines de victimes » qui prévalent désormais dans les cercles militants et régulièrement reprises dans la presse, ils sont largement ignorés ou dénoncés comme négationnistes.

Pour les associations ou personnalités défendant la mémoire des victimes, le sentiment d’injustice et de non-reconnaissance demeure donc le plus souvent intact. Il est accru par le fait que l’État français, indépendamment de la controverse sur son ampleur, ne s’est jamais solennellement prononcé sur ce crime avéré. Seule une plaque, posée par la Mairie de Paris et fleurie chaque année vient rappeler leur mémoire. Elle se trouve sur le quai Saint Michel, face à la Seine.

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Mère Teresa

Mère Teresa de Calcutta Bienheureuse catholique
Image illustrative de l'article Mère Teresa
Bienheureuse
Naissance le 26 août 1910
à Üsküb, Empire ottoman (actuellement Skopje, Macédoine)
Décès le 5 septembre 1997 (à 87 ans)
Calcutta, Inde
Nom de naissance Anjezë Gonxha Bojaxhiu
Nationalité Drapeau de l'Empire ottoman Ottomane (1910-1912)

Drapeau de l'Albanie Albanaise (1912-1948)

Drapeau de l'Inde Indienne (1948-1997)

Vénéré à Chapelle de la Maison-Mère des Missionnaires de la Charité à Calcutta
Béatification 19 octobre 20031 à Rome, Italie
par Jean-Paul II
Vénéré par Église catholique
Fête 5 septembre

Anjezë (Agnès) Gonxha Bojaxhiu ([aɲɛzə gonˈʤe bɔˈjaʤi:u]), en religion Mère Teresa, née le 26 août 1910 à Üsküb, Empire ottoman (actuellement Skopje, Macédoine), et morte le 5 septembre 1997 à Calcutta, Inde, est une religieuse catholique albanaise, de nationalité indienne, missionnaire en Inde. Elle est surtout connue pour son action personnelle caritative et la fondation d’une congrégation religieuse, les ‘Missionnaires de la Charité‘ qui l’accompagnent et suivent son exemple.

D’abord religieuse de l’ordre missionnaire des sœurs de Notre-Dame de Lorette (dès 1929), elle quitte cette communauté en 1949 pour « suivre son appel » puis fonder sa propre congrégation en 1950. Son œuvre auprès des plus démunis commence par l’éducation des enfants des rues et l’ouverture du mouroir de Kalighat (Nirmal Hriday) à Calcutta. Pendant plus de 40 ans, elle consacre sa vie aux pauvres, aux malades, aux laissés pour compte et aux mourants, d’abord en Inde puis dans d’autres pays, et elle guide le développement des Missionnaires de la Charité. Au moment de sa mort, ceux-ci s’occupent de 610 missions, dans 123 pays, incluant des soupes populaires, des centres d’aide familiale, des orphelinats, des écoles, des hospices et des maisons d’accueil pour les personnes atteintes de maladies comme la lèpre, le sida ou la tuberculose.

Perçue comme un modèle de bonté et d’altruisme, elle est régulièrement évoquée dans la presse indienne et occidentale pendant la deuxième moitié du xxe siècle. Cependant, certains intellectuels comme Christopher Hitchens remettent en cause l’ensemble de cette réputation.

Mère Teresa est béatifiée le 19 octobre 2003, à Rome, par le pape Jean-Paul II.

Biographie

Enfance

L’église de Skopje dans laquelle Mère Teresa fut baptisée

Les parents d’Anjezë Gonxhe Bojaxhiu sont des commerçants bourgeois et catholiques, Albanais d’ascendance de la région de Mirdita, région du Nord de l’Albanie. Son père Nikollë est à la tête de différentes entreprises en bâtiment et vend des produits pharmaceutiquesF 1. Ils ont deux enfants, une fille Age, et un fils Lazare quand Anjezë naît à Skopje le 26 août 1910, dans une province de l’Empire ottoman.

Nikollë, son père, tient à ce que tous ses enfants aillent à l’école, garçons et filles, chose relativement rare dans un pays marqué par l’influence ottomaneF 2. Les enfants aident aux travaux domestiques et reçoivent par leur mère une éducation religieuseF 3.

Ses parents, catholiques pratiquants, aident souvent les pauvres de la ville, et Anjezë accompagne souvent sa mère dans la visite aux plus démunis, tant pauvres qu’alcooliques ou orphelinsF 4. Drâne, sa mère, conseille à ses enfants « Quand vous faites du bien, faites-le comme une pierre que vous jetez à la mer »F 4. De même ils accueillent régulièrement des pauvres à leur table ; Anjezë est marquée par la recommandation de sa mère « Ma fille n’accepte jamais une bouchée qui ne soit partagée avec d’autres »F 5.

La région connaît des tensions ethniques et religieuses avec les guerres des Balkans au cours desquelles la région est conquise par la Serbie, puis la Première Guerre mondiale ; en 1919 le père d’Anjezë est victime d’un malaise et meurtF 6. Elle se retrouve alors orpheline à 9 ansB 1. Les entreprises familiales font faillite et Drâne ouvre un atelier de couture pour subvenir aux besoins de sa familleF 7.

La mère éduque ses enfants dans la foi, les enfants participent activement à la vie de la paroisse tenue par des jésuitesF 8. La famille organise des veillées de prières, participe aux offices, Anjezë devient soprano de la chorale du village, joue au théâtre, apprend la mandolineF 9. C’est dans cette ambiance de prière qu’Anjezë pense, à l’âge de 12 ans, à se consacrer à Dieu, elle met six ans à être convaincue de cet appelF 10. Elle aime la solitude, la lecture mais sa santé est fragile et elle est victime de rhumes chroniquesB 1.

Un nouveau père jésuite, Franjo Jambrekovic, développe dans sa paroisse l’intérêt pour les missions, tant par des prières que des revues ou des conférences de missionnaires qui viennentB 1. À l’âge de 17 ans, elle lui demande comment discerner sa vocation. Le père jésuite répond que c’est « par la joie ». Après un pèlerinage au sanctuaire marial de Letnice, elle ressent le désir d’une vie consacréeF 11.

Elle demande à sa mère l’autorisation d’entrer dans la congrégation des sœurs de Lorette. Sa mère accepte malgré l’opposition de son frère Lazare qui trouve cela du gâchisF 12. Anjezë postule avec l’aide du père Franjo Jambrekovic et son départ est prévu pour le 25 septembre 1928F 13.

Religieuse chez les Sœurs de Notre Dame de Lorette

Postulat et noviciat

Elle quitte sa terre natale le 26 septembre 1928, à l’âge de 18 ans, et rejoint le couvent de l’ordre missionnaire des Sœurs de Notre-Dame de Lorette, fondé par Mary Ward, à Rathfarnham près de Dublin en Irlande, communauté missionnaire fondée au XVIIe siècle par Mary WardA 1,F 13. En six semaines elle apprend l’anglais ; elle apprend aussi à discerner son appel à la vie missionnaire, peut-être à l’aide des exercices spirituelsF 14. Le 1er décembre 1928, munie de quelques bases d’anglais, elle part en Inde pour y faire son noviciatF 14.

Elle arrive à Calcutta en 1929 ; elle y est très vite choquée par l’extrême pauvretéA 1,A 2, elle écrit ses impressions à un journal catholique de son village : « Si les gens de nos pays voyaient ces spectacles, ils cesseraient de se plaindre de leurs petits ennuis »B 2. Elle part ensuite pour Darjeeling où elle fait son postulat et son noviciatF 15.

Anjezë devient novice le 23 mai 1929 et porte l’habit religieux pour la première foisF 16. Retirée du monde, elle reçoit une formation religieuse par la lecture des vies de saints, et prépare son diplôme d’enseignanteF 17. Le 25 mai 1931 elle fait ses vœux temporaires et prend le nom de sœur Mary-Teresa. Choisissant ce nom, elle veut se placer sous le patronage de Thérèse de Lisieux, orpheline comme elle, religieuse carmélite canonisée trois ans plus tôt en 1925, déclarée sainte patronne des missions, qui voulait vivre « tout par amour » et qui a écrit « ma vocation c’est l’amour »B 3,F 18.

Enseignante à Calcutta

Après avoir travaillé quelques mois dans un dispensaire au Bengale où elle soigne des pauvresF 19, sœur Mary-Teresa devient enseignante à l’école de Loreto Entally à Calcutta, de 1931 à 1937A 3,F 20. Face à des classes de 300 élèves, sa pédagogie stricte et son service humble la rendent proche des enfants indiens qui l’appellent rapidement « Ma », ce qui signifie « Mère »F 21.

Elle prononce ses vœux définitifs en Inde le 24 mai 1937. Elle devient en 1944 directrice des études à Sainte-Marie, école réservée aux classes sociales supérieures de Calcutta. Elle consacre une partie de son temps aux bidonvilles où elle se rend pour consoler les démunis et les malades, et visiter ceux qui sont hospitalisés à Nibratan SarkalF 22. Elle écrit à sa mère, et annonce probablement avec fierté sa nomination en tant que directrice ; sa mère lui répond : « Ma chère enfant, n’oublie pas que si tu es partie dans un pays si lointain, c’est pour les pauvres »F 18,F 22.

Le train vers Darjeeling : l’appel dans l’appel

Le 10 septembre 1946, au cours d’un voyage en train de Calcutta à Darjeeling où a lieu la retraite annuelle de sa communauté, elle reçoit ce qu’elle appelle « l’appel dans l’appel » E 1,F 23. Pendant qu’elle essaye de dormir : « Soudain, j’entendis avec certitude la voix de Dieu. Le message était clair : je devais sortir du couvent et aider les pauvres en vivant avec eux. C’était un ordre, un devoir, une certitude. Je savais ce que je devais faire mais je ne savais comment »F 24. Mère Teresa parle de cette journée comme étant le « jour de l’inspiration »A 2. Mère Teresa ajoute que cette expérience est celle de l’amour de Dieu, qui veut aimer mais aussi être aiméE 2. Elle exprime cette expérience beaucoup plus tard dans une lettre en 1993 revenant sur cette expérience du 10 septembre, en affirmant que Dieu a soif de nous :« Si vous devez retenir quelque chose de la lettre de Mère, retenez ceci : “J’ai Soif” est bien plus profond que Jésus vous disant « Je vous aime ». Tant que vous ne savez pas au plus profond de vous que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui il veut être pour vous. Ou qui il veut que vous soyez pour lui »E 3.

Elle ne parle à personne de cette expérience et médite en silence. De retour à Calcutta, elle écrit à son guide spirituel jésuite belge Céleste Van Exem, et lui dit son désir de tout quitter. Celui-ci lui recommande de prier et de garder le silenceF 25. Peu de temps après il expose la situation à l’évêque de Calcutta Mgr Ferdinand Perier qui s’y opposeF 25. Sœur Mary-Teresa n’est pas surprise de la réponse et mûrit son désir ; elle veut fonder un nouvel ordre religieuxF 26. Elle tombe gravement malade peu de temps après et est envoyée dans un sanatorium à Asansol, dans le même état du Bengale-Occidental, pour guérir d’un début de tuberculoseF 7. Pendant cette convalescence elle prie et approfondit le message qu’elle a reçu, elle dit découvrir alors que Dieu l’aime mais aussi qu’il veut être aiméE 3.

Ce temps de repos est écourté du fait de la crise politique qui secoue l’Inde depuis peu indépendante. Les sœurs rappellent Sœur Mary-Teresa pour répondre aux besoins d’aide. Sa détermination est toujours aussi grande; aussi l’archevêque, finalement convaincu, demande-t-il au Saint-Siège la permission de pouvoir lui accorder l’exclaustration religieuse. Le 8 août 1948 elle reçoit la réponse, le pape Pie XII lui accorde la permission de vivre hors d’une communauté de son Ordre pour un anF 27.

La fondatrice

Le début de la fondation

Sœur Mary-Teresa, désormais « Mère Teresa », prépare son départ après avoir reçu l’autorisation ; elle se confectionne un sari bleu et blancF 28. Le 16 août 1948 elle quitte avec difficulté les sœurs de Lorette ; elle a cinq roupies en pocheF 29.

Elle se rend à Patna afin d’y recevoir une formation d’infirmièreF 30. Elle revient quatre mois plus tard et loge chez les petites sœurs des pauvres. À la demande de Mgr Ferdinand Perier, elle tient un journal dans lequel elle décrit ses réflexions : « L’extrême pauvreté vide progressivement l’homme de son humanité »F 31.

Elle décide alors de donner des cours dans la rue aux enfants dès le 21 décembre 1948 ; dix jours plus tard ils sont déjà plus de 50 enfantsF 32. Elle cherche à louer un local ; elle distribue des savons et en explique l’usageF 33. Elle ouvre dans un autre bidonville de Tiljana une nouvelle écoleF 33. Elle tente de soigner les pauvres qu’elle rencontre. En décembre 1948 elle fait la connaissance de Jacqueline de Decker, une Belge qui veut vivre le même idéal qu’elleF 34. Cette dernière a des problèmes de santé et décide de se soigner avant de revenir voir Mère Teresa. Elle repart en Belgique pour des soins tout en gardant des liens épistolairesF 34. Certains critiquent la nouvelle vie de Mère Teresa, la trouvant inefficace et utopisteF 33.

En janvier 1949 elle recherche à vivre au plus près des pauvres, et ne veut plus vivre avec l’aide des petites sœurs des pauvres ; elle décide donc de chercher un nouveau lieu et grâce à l’aide du père Van Exem elle est accueillie au dernier étage d’une maison de PortugaisF 35. Sa vie s’organise entre les temps de prière, l’enseignement aux enfants et les soins aux mourants. Elle reçoit l’aide ponctuelle de laïcs et mendie dans des pharmacies les médicaments qu’elle ne peut payerF 36.

Le 15 mars 1949, Mère Teresa reçoit la visite d’une de ses anciennes élèves, qui lui demande de pouvoir la suivre. Mère Teresa la renvoie en lui demandant de mûrir son choixF 37. Quelques mois plus tard cette même jeune femme revient en sari et lui demande de l’accepter. Quelques jours après elle est suivie par deux autres anciennes élèvesF 38. En août 1949, le délai de l’autorisation étant achevé, l’évêque décide de prolonger l’exclaustration de Mère TeresaF 39,E 3.

Les sœurs missionnaires de la Charité

Article détaillé : Missionnaires de la Charité.

Très vite plus de dix jeunes filles décident de suivre Mère Teresa. Elle oblige ses anciennes élèves à achever leurs études supérieuresF 40. Au printemps 1950 le Père Van Exem demande à Mère Teresa d’écrire une règle religieuse. Elle écrit la règle en une nuit et décide de choisir le nom de missionnaire de la CharitéF 40. Elle choisit ce nom de charité, agapé : amour qui vient de Dieu, Mère Teresa voulant répandre l’amour qui vient de DieuB 4. Mgr Ferdinand Perier inaugure la nouvelle congrégation le 7 octobre 1950. Elles adoptent l’habit du sari comme habit religieux pour se fondre parmi les populations indiennesE 2.

Naissance du mouroir de Kaligat

Article détaillé : Nirmal Hriday.

Mère Teresa voit un mourant, et décide de l’emmener à l’hôpital, mais l’établissement refuse de le prendre en charge ; et l’agonisant meurt sans avoir été accueilli. Mère Teresa décide alors de s’occuper des mourants et demande un lieu à la mairie de Calcutta, qui lui offre un local à Kaligat proche du temple à la déesse hindoue KâlîF 41. Elle appelle la maison « Nirmal Hriday », « Maison au cœur pur – Foyer pour mourants abandonnés »F 41. Les sœurs amènent les mourants les plus pauvres et abandonnés et les soignent avec des moyens rudimentairesF 42.

Cependant l’installation de religieuses catholiques proche d’un temple hindou est vue d’un mauvais œil par les hindous qui les accusent de prosélytismeB 5. Une émeute éclate et les sœurs doivent leur survie à la protection de la policeB 6. Un des opposants, victime de la tuberculose, rejeté car intouchable, est recueilli quelques mois plus tard. Son opinion sur Mère Teresa change, il voit en elle un avatar de la déesse Kâlî, ce qui conduit à établir des relations de fraternité entre les hindous et Mère TeresaF 43.

Deux ans après la fondation, Mère Teresa achète une maison, vendue à prix dérisoire par un musulman, pour y établir les sœursF 44. Mère Teresa exige des sœurs une pauvreté des lieux, qu’elle justifie : « Comment puis-je regarder les pauvres en face, comment puis-je leur dire « je vous aime et je vous comprends » si je ne vis pas comme eux ? »F 45. De même elle refuse l’aide économique du VaticanF 46.

La vie est organisée avec des temps de prières le matin et le soir, et la journée au service des pauvres. Mère Teresa affirme que la « prière est la respiration de l’âme. Sans la force que nous recevons de la prière, notre vie serait impossible. »F 47. Elle explique le lien entre la prière et l’action des sœurs missionnaires de la Charité, voyant dans chaque pauvre la présence de Dieu : « Jésus veut rassasier sa propre faim de notre amour en se cachant derrière les traits de l’affamé, du lépreux, du mourant abandonné. C’est pourquoi nous ne sommes pas des assistantes sociales mais des contemplatives au cœur même du monde. Nos vies sont consacrées à l’eucharistie par le contact avec le Christ, caché sous les espèces du pain et du corps souffrant des pauvres »F 48.

L’orphelinat de Nirmala Shishu Bavan

Un jour Mère Teresa aperçoit un enfant abandonné en train d’être mangé par un chien dans la rue ; elle recueille l’enfant qui meurt quelque temps aprèsF 49. Mère Teresa décide alors de créer un orphelinat. Le nouveau centre Nirmala Sishu Bavan ouvre ses portes le 24 novembre 1955 ; elle y recueille les enfants abandonnés et les propose à l’adoptionF 50,B 4. Elle ouvre quelque temps après un centre spécialisé pour les enfants qui ne sont pas adoptés, du fait de la croyance au mauvais karma et de la marginalisation des intouchablesF 50.

Pour Mère Teresa, chaque vie est sacrée, elle s’oppose toute sa vie à l’avortement : « Toute vie est vie de Dieu en nous. Même l’enfant non encore né a la vie de Dieu en lui. Nous n’avons pas le droit de détruire cette vie, quel que soit le moyen employé et pour quelque raison que ce soit »F 51. Son engagement contre l’avortement suit deux axes : éduquer à la méthode de contraception naturelle, et favoriser les adoptions d’enfants de personnes qui veulent avorterF 52,F 51.

Les coopérateurs souffrants

Dans le même temps Mère Teresa apprend que son amie Jacqueline de Decker qui devait la rejoindre ne le pourra pas, à cause d’opérations graves au dos. Mère Teresa lui demande alors de devenir sa sœur spirituelle, lui demandant de partager « nos mérites, nos prières et notre travail par vos souffrances et vos prières »F 53. Mère Teresa croit que par la souffrance unie à Dieu, celle-ci peut acquérir une valeur positive. Jacqueline de Decker devient la première des coopérateurs souffrants, ensemble de personnes malades qui s’unissent dans la prière aux missionnaires de la CharitéF 54.

Les lépreux

Entre 1948 et 1957 Mère Teresa et les premières sœurs s’occupent des lépreux qu’elles rencontrent, mais sans que ce soit pour autant une prioritéF 55. C’est en 1957 qu’elle reçoit cinq personnes qui ont perdu leurs emplois à cause de la lèpre, du fait de la croyance au mauvais karma, qui conduit à exclure les lépreux de la société.

Mère Teresa cherche alors à ouvrir un centre pour les lépreux, mais les sœurs sont accueillies par des jets de pierre, Mère Teresa décide donc d’envoyer des ambulances pour soigner les lépreuxF 56. Ce moyen ambulant permet ainsi de soigner les lépreux en les rejoignant. Elle appuie alors la journée contre la lèpre de Raoul FollereauF 57.

Développement planétaire

Besoins et extension des missionnaires de la Charité

Devant les difficultés financières, le père Van Exem publie une annonce dans un journal afin de demander des soutiensF 58. Le Premier ministre du Bengale, le Dr Bidhan Chandra Roy donne alors une aide financière, et rencontre Mère Teresa avec qui il noue une amitié profondeF 59.

De même les premiers laïcs, dont Ann Blaikie, rencontrent Mère Teresa et veulent aider en offrant des cadeaux pour les enfants à Noël. Mère Teresa qui ne veut exclure aucun enfant lui demande d’offrir des cadeaux aussi pour les fêtes musulmanes ou hindouesF 60. Ces laïcs de plus en plus nombreux deviennent les coopérateurs actifs de l’ordre en 1960F 61.

Mère Teresa est invitée à la BBC pour témoigner et demander de l’aide. De nombreuses personnes répondent, mais elle ne se satisfait pas de la seule aide financière : elle demande aux coopérateurs d’aider là où ils sont, en se consacrant à leur entourage, et aussi en répétant la Prière de saint François d’AssiseF 62.

L’année 1959 marque ce que Mère Teresa appelle le « troisième pas de ma vie »F 63. Dix ans après sa fondation sa congrégation peut se développer en dehors des limites de son diocèse de CalcuttaF 63.

Mère Teresa s’implante à Ranchi, puis à New Delhi en présence du Premier ministre de l’Inde NehruF 64. L’année suivante elle fonde des missions à Jansi, Agâ, Asansal et Bombay où elle s’offusque publiquement de l’extrême pauvreté qui y règne. Cette critique déclenche une campagne de presse à Bombay contre Mère TeresaF 65. Mais en 1962 elle reçoit la première décoration Padma Shri des mains du président indien pour son œuvreF 65..

En 1963, Mère Teresa s’oppose en vain à la destruction d’un hôpital de lépreux à Calcutta ; elle décide de créer en 1963 une cité pour lépreux, la Cité de la paix à Asansol. La cité commence dès 1964F 66. Le pape Paul VI en visite en 1965 en Inde offre sa limousine à Mère Teresa, qui décide alors de la mettre aux enchères afin de pouvoir financer la construction de sa citéF 57.

En mars 1963 les premiers hommes fondent les frères missionnaires de la charité, Mère Teresa rencontre le père jésuite Andrew Travers-Ball et lui propose de diriger la nouvelle congrégation, ce qu’il accepteF 67. Il écrit les constitutions de l’ordre avec Mère Teresa, et reçoit en 1967 l’approbation de Rome, malgré des différences de conceptions, tant sur l’habit que sur la conduite religieuse différente des sœurs ; Mère Teresa préfère se soumettre à la conception du Père AndrewF 68.

Extension internationale

Mère Teresa en 1981 lors d’une inauguration en Colombie.

Dès 1965 les missionnaires de la Charité s’implantent en Amérique latine à la demande du pape Paul VIF 69. L’intégration est assez difficile dans ces pays pour à la fois respecter le clergé local et obéir au papeF 70. Mère Teresa refuse cependant tout engagement politique des sœurs, choisissant d’aller dans tous les pays, même dans les dictatures comme Haïti, les Philippines de Ferdinand Marcos ou le Yémen musulman, ce qui lui est très vivement reprochéF 71.

En 1968 à la demande de Paul VI, elle ouvre une maison à Rome, et découvre alors la grande pauvreté qui existe aussi dans le monde occidentalF 72. Dans le même temps, les sœurs œuvrent au Bangladesh, pays dévasté à cette époque par la guerre d’indépendance ; de nombreuses femmes sont victimes d’exactions, violées par les soldats. L’œuvre s’étend peu à peu partout où est la pauvreté, même dans des régions et des pays peu favorables aux chrétiens, et jusque-là interdits à tout missionnaire. Au Yémen par exemple, pays à majorité musulmane où l’influence chrétienne est faible, Mère Teresa, invitée par le Premier ministre en 1973, ouvre des cours de couture à Al Hudaydah et s’occupe également des lépreux qui vivent retirés dans les grottes du désert yéménite. On la surnomme Mère sans frontièreB 7.

Figure planétaire

Sandro Pertini et mère Teresa en 1978.

Mère Teresa recevant la Médaille de la Liberté du Président Ronald Reagan en 1985.

En 1969 les missionnaires de la Charité sont reconnues de droit pontifical. En 1971 Mère Teresa reçoit le prix Jean XXIII du pape Paul VI, ce qui marque le début de la reconnaissance mondiale de son œuvreF 73. Elle fonde alors une maison à New York ainsi qu’un noviciat à LondresF 74.

En 1976 elle décide de fonder l’ordre des sœurs contemplatives, les sœurs du Verbe qui consacrent leurs temps à la prière pour les pauvres ; elle en fonde la première maison à New YorkF 75.

En 1978 elle reçoit le prix Balzan pour l’humanité, la paix et la fraternité entre les peuples « pour l’abnégation exceptionnelle avec laquelle elle s’est dévouée toute sa vie, en Inde et dans d’autres pays du tiers-monde, afin de secourir les innombrables victimes de la faim, de la misère et des maladies, les laissés pour compte et les mourants, transformant sans relâche en action son amour pour l’humanité souffrante ». En plus de ses nombreuses médailles, Mère Teresa est docteur honoris causa de plusieurs universités.

Le 17 octobre 1979, Mère Teresa reçoit le prix Nobel de la paix qu’elle accepte « au nom des pauvres ». La petite religieuse ne trahit pas ses propres convictions lors de son discours, en dénonçant l’avortement : « De nos jours, nous tuons des millions d’enfants à naître, et nous ne disons rien. Prions tous pour avoir le courage de défendre l’enfant à naître et pour donner à l’enfant la possibilité d’aimer et d’être aimé. »B 8

Pauvreté de l’occident

À partir de ce moment la vie de Mère Teresa devient fortement médiatisée. Mère Teresa critique alors le matérialisme et l’égoïsme des sociétés occidentales, elle élargit son discours sur la pauvreté et parle de la faim spirituelle : « L’amour naît et vit dans le foyer. L’absence de cet amour dans les familles crée la souffrance et le malheur du monde aujourd’hui. Nous avons tous l’air pressé. Nous courons comme des fous après les progrès matériels ou les richesses. Nous n’avons plus le temps de bien vivre les uns avec les autres : les enfants n’ont plus de temps pour les parents, ni les parents pour les enfants, ni pour eux-mêmes. Si bien que c’est de la famille elle-même que provient la rupture de la paix du monde »F 76.

Mère Teresa refuse toute logique d’organisation ou de business de l’œuvre : elle veut que les missionnaires de la charité vivent de la providence, et donc des dons, mais sans trop accumulerF 77. Elle décide donc en juillet 1981 de refuser des dons d’argent trop nombreux ; la presse critique alors Mère Teresa qui aurait trop d’argent au point d’en refuserF 78. De même elle refuse les associations qui ne la soutiennent que financièrement, affirmant qu’elle ne veut pas d’amis mais des coopérateurs : « C’est un capital d’Amour qu’il faut réunir. Un sourire, une visite à une personne âgée. Les vrais coopérateurs du Christ sont les porteurs de sa charité. L’argent vient si on recherche le royaume de Dieu. Alors tout le reste est donné. »F 79.

En 1982, sur une des hauteurs du siège de Beyrouth, mère Teresa sauve 37 enfants hospitalisés pris au piège dans une ligne de front entre l’armée israélienne et la guérilla palestinienne. Elle provoque un cessez-le-feu, et accompagnée par la Croix-Rouge, elle traverse la zone de tir jusqu’à l’hôpital dévasté pour évacuer les jeunes patients.

En 1984, elle fonde les « pères missionnaires de la Charité » avec le père Joseph Langford. Le 11 décembre de la même année, elle vient assister les victimes de la catastrophe de Bhopal, quelques jours après le désastre. En 1985 elle reçoit de Ronald Reagan la plus haute distinction américaineF 80. La même année elle crée à New York le premier foyer pour les victimes du sida, qui vient de faire son apparitionF 80,D 1

Le déclin de l’URSS marque le début des fondations dans les pays de l’Europe de l’Est en 1989.

Problèmes de santé

Portrait de Mère Teresa en 1988.

En cette même année 1989, Mère Teresa est victime d’un arrêt cardiaque, et elle décide de démissionner de la charge de supérieure des Missionnaires de la CharitéF 81. Elle est cependant réélue en 1990. Elle continue ses voyages malgré sa santé fragile, et fonde une maison en Albanie, nation de ses originesF 82. En décembre 1991 elle est de nouveau victime d’un arrêt cardiaque, elle se repose mais reprend ses visites dans le monde entier, cherchant à fonder en ChineF 83.

Mère Teresa a une tumeur à l’estomac. Le 5 septembre 1997, elle est amenée d’urgence à l’hôpital ; c’est vers 14h30 qu’elle décède des suites de cette tumeur.

Spiritualité

« J’ai Soif »

Mère Teresa est très marquée par l’expérience du 10 septembre 1946, et bien qu’elle soit discrète pendant des années sur cette expérienceB 3, elle met les paroles de Jésus sur la croix : « J’ai soif » dans toutes les chapelles des missionnaires de la CharitéA 2.

Quand elle explique son expérience du 10 septembre 1946, elle affirme avoir expérimenté la « soif de Dieu » comme étant les « profondeurs du désir divin infini d’aimer et d’être aimé »E 4. Elle conçoit alors sa vocation comme répondre à cette soif de Dieu, aimant les pauvres dans lesquels elle voit Dieu : « Pour moi, ils sont tous le Christ – Le Christ dans un déguisement désolantF 10. »

Elle explicite cette « soif de Jésus » lors la lettre dite de « Varanasi » écrite aux missionnaires de la Charité, le 25 mars 1993, dans laquelle elle affirme « Si vous devez retenir quelque chose de la lettre de Mère, retenez ceci: « J’ai soif » est bien plus profond que Jésus vous disant « Je vous aime ». Tant que vous ne savez pas au plus profond de vous que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui il veut être pour vous. Ou qui il veut que vous soyez pour lui. » Mère Teresa poursuit « Jésus a soif, même maintenant, dans votre cœur et dans les pauvres, il connaît votre faiblesse. Il veut seulement votre amour, il veut seulement la chance de vous aimerE 3. »

Prière et service des pauvres

Alors que Mère Teresa embrasse pleinement sa vocation missionnaire, elle insiste tout autant sur la nécessité d’une vie contemplative de prière. Ainsi, malgré la surcharge de travail, elle insiste pour que chacune des Missionnaires de la Charité puisse participer à l’Eucharistie et passer une heure devant le Saint Sacrement chaque jour, à partir du chapitre général de sa congrégation en 19732. Pour Mère Teresa, la prière n’est pas du temps pris sur le service des pauvres, mais bien une partie essentielle de celui-ci : « plus nous recevons dans la prière silencieuse, plus nous pouvons donner. »C 1 Le pape Benoît XVI a mis en avant la vie de Mère Teresa comme un exemple de cette articulation de la prière et de la charité au cœur de son encyclique Deus Caritas est :

« La bienheureuse Teresa de Calcutta est un exemple particulièrement manifeste que le temps consacré à Dieu dans la prière non seulement ne nuit pas à l’efficacité ni à l’activité de l’amour envers le prochain, mais en est en réalité la source inépuisable. »

— Benoît XVI, Deus caritas est3

Un chemin tout simple

Malgré sa souffrance physique et psychologique et la pauvreté qui l’entoure, Mère Teresa défend toute sa vie durant la réalité du bonheur terrestre accessible par la simplicitéC 1. En s’appuyant sur son expérience et celle des hommes et des femmes qui l’ont suivie, Mère Teresa trace un chemin tout simple vers le vrai bonheur qu’elle résume dans son dernier ouvrage Un chemin tout simple publié de son vivant en 1995. Ce chemin se résume en cinq lignes qu’elle imprime sur des petits cartons jaunes qu’elle distribue à ses visiteurs:

« Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi.

Le fruit de la foi est l’amour.

Le fruit de l’amour est le service.

Le fruit du service est la paix. »

— Mère Teresa, Un chemin tout simple4

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Misère et souffrance

Bien que souvent accusée de mythifier la pauvreté et de prêcher un plaisir de la souffrance5, Mère Teresa fait une distinction entre la pauvreté librement choisie des religieux, qui est un signe, et la misère imposée, qui est le résultat de la pauvreté. Pour elle, « c’est le résultat de notre refus de partager. Dieu n’a pas créé la pauvreté, il nous a seulement créés, nous »F 23.

De même, elle distingue d’une part les souffrances imposées par la maladie et la misère, souffrances des personnes recueillies auxquelles les missionnaires de la Charité partagent l’Amour et la Compassion de Dieu. « Dieu aime encore le monde et Il nous envoie vous et moi pour être Son amour et Sa compassion auprès des pauvres. » 6. D’autre part, elle insiste sur l’exigence de l’amour vrai, un amour qui va jusqu’au bout du don de soi : « Comme Dieu aimait le monde, Il a donné son Fils ; Jésus aimait le monde, Il a donné sa vie et il a dit « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. », donc si nous nous aimons vraiment les uns les autres, nous devons nous aimer jusqu’à en souffrir. » 7… « Parce que l’amour vrai fait souffrir. » 8

Mais quelle que soit l’origine de la souffrance, elle rappelait à chacun qu’il n’était pas seul dans ses souffrances mais en union avec Jésus crucifié. « un signe que vous êtes si près de Jésus qu’il peut vous embrasser » 9

Désireuse de partager sa conviction que Dieu est amour, et consciente que les sermons ne suffisent pas à en convaincre ceux qui sont dans la misère, elle insiste que l’amour est exigeant. « Un amour vrai doit faire mal », selon elle, car il est à l’image de l’amour de Dieu, s’il est vrai que Dieu lui-même a souffert en aimant les hommes, car il a dû laisser son fils, Jésus Christ, mourir sur une croix. En ce sens, la souffrance devient, pour elle, une expression de l’Amour de Dieu.

« Ne traitons-nous pas quelquefois les pauvres comme des poubelles où nous jetons tout ce que nous ne mangeons pas ou dont nous n’avons plus besoin? »

— Mère Teresa, Discours à l’occasion de la remise du Prix TempletonC 2

.

Nuit de la Foi

Dans le silence, Mère Teresa vit pendant 50 ans une « nuit de la foi ». Largement commentée dans les milieux chrétiens à l’époque de sa béatification10, cette épreuve apparaît avec une précision jusque-là inédite avec la publication de Mother Teresa : Come be my Light (Mère Teresa : Viens, sois ma lumière), un ouvrage compilant des lettres rédigées au cours des soixante dernières années de sa vie.

Elle avait ainsi confié en 1979 à son confesseur le Père Michael Van Der Peet11 : « Pour moi, le silence et le vide sont si importants que je regarde et ne vois pas, que j’écoute et n’entends pas ». À la lecture de ses lettres, les tourments permanents de mère Teresa sont révélés dans toute leur ampleur. Sa tranquillité se comprend mieux à la lumière de ses enseignements : « Dieu aime celui qui donne avec joie et Il prend tout contre, la religieuse qu’Il aime »12.

En compilant ces lettres et en éditant ce livre, conformément aux engagements de la communauté13, le père Brian Kolodiejchuk finit par connaître ce secret alors connu seulement de quelques personnes dont son évêque et ses conseillers spirituels. En vivant la nuit de la foi qui est à la fois une absence apparente de Dieu pour le saint et la grande proximité de Dieu visible à l’entourage, Mère Teresa est dans la tradition spirituelle des mystiques de l’Église Catholique comme sainte Thérèse d’Ávila, saint Jean de la Croix et sainte Thérèse de Lisieux.

Poursuivant sa mission de répandre l’amour auprès des plus pauvres, Mère Teresa, plutôt que de se laisser écraser par le désespoir, trouve dans cette épreuve une opportunité de se rapprocher des pauvres qu’elle sert :

« La situation physique de mes pauvres abandonnés dans les rues, indésirables, mal aimés, délaissés – est l’image fidèle de ma propre vie spirituelle et de mon amour pour Jésus »

— Mère Teresa, Extrait d’une lettre à son directeur spirituel le père Neumer

Postérité

Héritage

Reconnaissance

Mère Teresa devient en quelques décennies l’une des personnes les plus connues de la planète et une légende vivante. Son nom devient synonyme d’amour inconditionnel, de don de soi et de dévouementF 84. Elle se désintéresse des honneurs, se rappelle rarement les prix reçus, ou vend les médailles afin de financer son œuvre ; cela accentue son image de désintéressementF 85, même si elle dit accepter les prix « en faveur des démunis »14.

Tout au long de sa vie les reconnaissances pleuvent : Mère Teresa reçoit sa première distinction indienne, la médaille de Padma Shri, dès 1962. Elle en recevra beaucoup d’autres, dont le Prix Jawaharlal Nehru pour le dialogue international en 1972. Le jury explique son choix en affirmant : « On ne peut que rarement voir un sacrifice aussi désintéressé et infatigable que celui de Mère Teresa en faveur des membres les plus faibles de la société humaine. Ce service altruiste, fait sans aucune distinction de nationalité, de caste ou de religion et sans aucune attente de reconnaissance publique, est un merveilleux exemple de la façon dont une œuvre silencieuse et efficace, un travail, un dévouement, peuvent contribuer à la promotion de l’amitié et à la compréhension entre les peuples »F 86.

Sa notoriété internationale grandit avec le documentaire Something Beautiful for God de Malcolm Muggeridge, diffusé en 1969 sur la BBC, et son livre publié en 197115. Elle reçoit du pape Paul VI, en 1971, le Prix Jean XXIII pour la Paix, puis le Prix Pacem in Terris en 1976, ainsi que de nombreux titres dont le prix Nobel de la paix en 1979C 3. Lors de l’attribution du prix Nobel de la paix de nombreux journaux la décrivent comme une sainte vivante F 87.

Son rayonnement dépasse tous les clivages religieux et culturels. Ainsi, les musulmans bengali l’appellent la Zinda Pir, ou Sainte Vivante en langue ourdou16,A 1 ; le Dalaï-Lama affirme « C’est un être pour qui j’ai le respect le plus profond. Dès l’abord, j’ai été frappé par l’absolue humilité de son comportement. Du point de vue bouddhiste, elle pourrait être considéré comme un bodhisattva »17.

L’Église catholique reconnaît dans un temps record l’héroïcité de ses vertus, et elle est béatifiée en octobre 2003 par Jean-Paul II18.

Tableau des honneurs reçus par Mère Teresa
Année Honneur Pays
1962 Padma Shri Inde
1962 Ordre du Lotus Inde
1962 Prix Ramon Magsaysay Philippines
1970 Good Samaritan Award États-Unis
1970 Prix Jean XXIII Italie
1970 Prix Templeton Angleterre
1978 Prix Balzan Italie
1979 prix Nobel de la paix Norvège
1980 Bhârat Ratna Inde
1981 Légion d’honneur haïtienne Haïti
1985 Médaille de la liberté États-Unis
1996 Nommée citoyen d’honneur des États-Unis d’Amérique États-Unis
2003 Béatification par Jean-Paul II Vatican

Critiques

Des médecins critiquent le manque de médicalisation des mouroirs, dans lesquels les malades ne reçoivent le plus souvent ni soins, ni même analgésiquesF 88,19. De même certains critiquent le manque d’aide à la réinsertion des personnes guéries. Mère Teresa reconnaît le bien-fondé de ces critiques mais elle refuse toute logique d’efficacité, affirme que cela n’est pas sa vocation : « Nous ne sommes ni des médecins, ni des assistantes sociales. Il y a beaucoup d’organismes qui s’occupent des malades. Nous ne sommes pas l’un d’entre eux. Nous devons nous donner nous-même et, à travers notre vie, donner l’amour de Dieu »F 89. Le journaliste québécois Carl Langelier, qui a lui-même travaillé avec Mère Teresa, s’élève contre ces critiques, en rappelant d’une part que Mère Teresa avait construit des mouroirs, non des hôpitaux, et d’autre part que les détracteurs de la religieuse lui auraient reproché son action quoi qu’elle ait fait20.

Ainsi, « la logique de la sainte était de faire de la souffrance un don de Dieu, que le malade devait accepter comme le Christ a accepté la sienne. D’où la quasi-absence d’analgésiques dans sa « Maison des agonisants qui a frappé de nombreux médecins en visite à Calcutta. »21. Mère Teresa souriante raconte lors d’une interview TV son expérience face à une personne en phase terminale d’un cancer dans un hôpital occidental : « Tu souffres comme le Christ sur la croix. Alors, Jésus doit être en train de t’embrasser », lui dit-elle. L’homme souffrant lui réplique : « S’il vous plaît, alors, dites-lui d’arrêter », ajoute-elle au journaliste, sans sembler comprendre l’ironie du malade 22.

Certaines personnes critiquent le prosélytisme religieux de Mère Teresa qui baptise des enfants et des mourants. Cependant Mère Teresa cherche à respecter la croyance des malades : elle baptise les enfants uniquement quand elle n’a, après recherche, aucune idée de la religion des parentsF 90. De même pour les mourants elle ne les baptise que de façon exceptionnelle, quand ils n’ont aucun signe permettant de reconnaître leur religion, et quand ils ont perdu la mémoire ou la raison. Cela permet ainsi aux malades d’avoir des funérailles, et d’être enterrés dans un cimetière. Les autres cadavres sont remis par les sœurs aux prêtres hindous ou aux imams musulmansF 89.

Son refus de faire de la politique est dénoncé quand elle accepte de fonder des établissements dans des dictatures ou de recevoir des dons venant de ces dictatures (comme le dictateur haïtien, Jean-Claude DuvalierA 4, les Philippines sous Ferdinand Marcos, ou Cuba de Fidel Castro), certains considérant sa présence comme un soutien aux dictaturesF 91, ou d’accepter des dons qu’elle reçoit de l’escroc américain Charles KeatingF 44. Mère Teresa répond à ces accusations en disant que ce « qui compte pour moi, c’est que je puisse m’occuper des pauvres ».

Son opposition à l’avortement est elle aussi critiquée, certains l’accusent de tenir des propos antiféministes5. Certains voient dans son opposition à l’avortement une action politique en contradiction avec sa volonté de ne pas en faire, et avec sa volonté de n’avoir que des relations de personne à personneF 92.

Certains, comme Christopher Hitchens, l’accusent d’abuser de sa médiatisation pour se forger une image de sainteté23, ou comme Michael Parenti, de détourner à des fins personnelles les fonds obtenus24. Cette remise en cause est reprise par Serge Larivée et autres (2013) dans le cadre d’une publication savante publiée dans la revue Studies in Religion/Sciences religieuses25,26. Ses défenseurs rétorquent que Mère Teresa a toujours refusé de thésauriser les dons et qu’elle refusait de même toute institutionnalisation trop grande de son œuvre, souhaitant que celle-ci continue à dépendre au jour le jour de la ProvidenceF 78.

Pour autant, la mort de Mère Teresa est l’occasion d’un hommage unanime27 ; ses obsèques rassemblent des croyants de toutes les religions, des princes et des pauvres, et des personnalités de tous bords, comme Hillary Clinton28.

Dévotion

Statue de Mère Teresa dans l’église Notre-Dame du Rosaire, dans l’état de Hidalgo, Mexique

La vie de Mère Teresa et sa rapide béatification font d’elle une figure de vénération pour les chrétiens qui souhaitent imiter son modèle de charité chrétienne envers les plus démunis. Les prières écrites par la religieuse, comme son Chemin si simple qu’elle imprimait et distribuait aux gens qu’elle rencontrait, se répandent29 ; des statues à son effigie apparaissent dans des églises.

Mère Teresa a aussi favorisé l’émergence de nouvelles communautés chrétiennes. Ainsi, après une douzaine de séjours à Calcutta, Nicolas Buttet fonde la communauté Eucharistein30 en Suisse, dont la spiritualité est fortement inspirée par Mère Teresa pour ce qui concerne l’accueil des personnes blessées et la vie eucharistique, notamment le lien entre le service du pauvre et l’adoration du Saint SacrementF 11.

Une commémoration du centenaire de la naissance de Mère Teresa se tient à Calcutta31. Parmi les personnalités venues lui rendre hommage, le 17e Karmapa, un éminent lama tibétain, inaugura une exposition photographique32.

Processus de canonisation

Béatification

L’Église catholique reconnaît un miracle à Mère Teresa33. Il s’agit d’une « guérison » qui aurait été constatée par des médecins d’une Indienne, Monika Besra, atteinte d’une tumeur à l’estomac. Cette guérison aurait été constatée le 5 septembre 1998, jour du premier anniversaire du décès de la fondatrice des Missionnaires de la charité. D’après les critiques, cette guérison n’aurait finalement rien d’un miracle dépassant la médecine. Christopher Hitchens écrit sur le site Slate en 2003 : « Son médecin, le Dr Ranjan Mustafi, déclare d’une part qu’elle n’avait pas de tumeur cancéreuse, et d’autre part, qu’elle était sous traitement médical pour le kyste tuberculeux qu’elle avait effectivement.»

La célébration solennelle de la béatification de Mère Teresa a lieu le 19 octobre 2003 sur la place Saint-Pierre, à Rome. Cette date est choisie parce que c’est le dimanche le plus proche du vingt-cinquième anniversaire de l’élection du pape Jean-Paul II, et aussi parce qu’elle est proche de la fin de l’année du rosaire qui finit en octobre 2003F 45.

Canonisation

Sa canonisation éventuelle, qui la proclamerait sainte, requiert la reconnaissance d’un deuxième miracle attribuable à Mère Teresa. La question s’est posée de savoir si les récentes mises au jour de lettres décrivant la « nuit de la foi » traversée par Mère Teresa ralentiraient le processus de sa canonisation. Dans un document officiel, le Vatican a affirmé que les doutes et la souffrance mis en lumière par les écrits de la religieuse sont perçus comme un élément enrichissant sa personnalité. Ainsi, un nouveau miracle suffit, car l’on considère que l’examen de la personnalité a déjà été fait dans le cadre du procès en béatification. La Congrégation pour les causes des saints reconnaît que les termes employés par la religieuse pour décrire sa souffrance « sont particulièrement forts, et peuvent donc choquer », mais elle rappelle aussi que cette « nuit de la foi » est une expérience souvent vécue dans la vie spirituelle34.

Reconnaissance dans la culture

Lieux dédiés à Mère Teresa

La Maison-mémorial Mère Teresa à Skopje, Macédoine

Mère Teresa fait l’objet d’une commémoration spéciale dans sa terre natale des Balkans. Une maison-mémorial est dédié à sa mémoire dans le centre de Skopje, en Macédoine ; il contient de nombreuses reliques de la religieuse, ainsi qu’une reconstitution de sa maison d’enfance. Mère Teresa a donné son nom à l’Aéroport international de Tirana en 2001, ainsi qu’au plus grand hôpital civil et à la deuxième place de la ville. En Albanie, Mère Teresa a même son jour férié, Dita e Nënë Terezës, le 19 octobre. Au Kosovo, pays voisin, la rue principale de la capitale, Pristina, a été nommée Rue Mère Teresa (Rruga Nëna Terezë)35.

Dans de nombreux pays, Mère Teresa a prêté son nom à une grande variété de lieux. Ainsi, elle a donné son nom à une rue du Bronx, à New York, dans un quartier à majorité albanaise. Mère Teresa est aussi devenue la patronne de nombreuses institutions éducatives36,37 et lieux de cultes38,39.

Œuvres consacrées à Mère Teresa

La rencontre avec Jean-Paul II, Arnaud Courlet de Vregille (1997, acrylique 60 x 40 cm)

Une première biographie de Mère Teresa est publiée en 1977 par Edouard Le Joly, sous le titre de We do it For Jesus. Mother Teresa and her Missionaries of Charity40

Beaucoup d’autres suivent, dont celle qui est signée par Navin Chawla (en 2004), un haut fonctionnaire hindou au Ministère indien de la communication qui pendant vingt ans a participé activement à l’action et aux combats de Mère Teresa. En parallèle, de nombreux ouvrages biographiques, hagiographiques, critiques, de fiction historique, ou même de bandes dessinées sont publiés pour retracer la vie de la religieuse41.

À la suite du documentaire Something Beautiful for God de Malcolm Muggeridge diffusé en 1969 sur la BBC qui révéla Mère Teresa au monde42, Kevin Connor propose à Geraldine Chaplin d’incarner la religieuse dans Mother Teresa: in the Name of God’s Poor (Mère Teresa : au Nom des Pauvres de Dieu) qui sort en 1997. En 2003, Olivia Hussey incarne Mère Teresa à l’écran dans une série italienne, adaptée au cinéma dans le film Mère Teresa de Calcutta en 2007.

En 1998, un disque de chansons intitulé Mother, we’ll miss you, sort en son honneur. Les chansons sont interprétées par des chanteurs américains populaires, comme José Feliciano43.